Upcycling de palettes : trier, traiter et assembler sans se tromper
Une palette récupérée n’est pas une planche brute : c’est un emballage de transport dont l’origine, le traitement phytosanitaire et l’historique de chargement décident de ce que vous pouvez en faire. Le marquage NIMP 15 indique le traitement subi, l’état des dés et des planches indique si la structure porte encore, et le statut réglementaire du bois détermine la filière d’élimination des chutes. Une fois ces trois questions tranchées, la découpe, l’assemblage et la finition relèvent du travail du bois ordinaire.
Cet article donne les cotes réelles d’une palette EUR, la méthode pour lire une marque phytosanitaire, les valeurs limites suisses applicables au ponçage et au bois usagé, et les cas où il faut renoncer à une palette plutôt que la transformer.
Ce que dit la marque sur le bois
Depuis 2005, la Suisse applique la norme internationale pour les mesures phytosanitaires 15 (NIMP 15) aux importations et aux exportations d’emballages en bois. L’objectif est sanitaire et forestier : empêcher l’introduction d’organismes nuisibles comme le capricorne asiatique, qui peut tuer des arbres sains en quelques années. La norme impose le traitement du bois massif d’emballage, palettes comprises.
La marque se compose de quatre éléments, dans cet ordre, selon l’annexe 2 de la norme :
- le symbole de la Convention internationale pour la protection des végétaux, un épi stylisé ;
- le code du pays sur deux lettres selon la norme ISO, CH pour la Suisse ;
- le code de l’entreprise agréée qui a appliqué le traitement ;
- le code du traitement : HT, DH, MB ou SF.
L’Office fédéral de l’environnement précise que la marque est gravée ou tamponnée, dans n’importe quelle couleur sauf le rouge et l’orange. Pour le commerce international, deux marques opposées sur chaque unité sont recommandées.
Décoder les codes de traitement
HT signifie heat treatment. L’annexe 1 de la NIMP 15 fixe le barème : le bois doit atteindre 56 °C à cœur pendant 30 minutes ininterrompues, dans toute son épaisseur. C’est un traitement purement thermique, sans ajout de substance.
DH désigne le chauffage diélectrique, par micro-ondes ou ondes radio. Le barème vise également 56 °C dans toute l’épaisseur du bois, écorce comprise pour le calcul des dimensions. La norme recommande un chauffage bilatéral au-delà de 5 cm d’épaisseur.
MB désigne la fumigation au bromure de méthyle et SF le fluorure de sulfuryle. Ce sont les deux seuls traitements chimiques prévus par la norme, et la NIMP 15 rappelle elle-même que le bromure de méthyle appauvrit la couche d’ozone, ce qui a conduit la CIPV à recommander de le remplacer ou d’en réduire l’emploi.
Ce qui est autorisé en Suisse
L’OFEV est explicite dans sa foire aux questions sur la NIMP 15 : en Suisse, seuls le traitement thermique (HT) et le traitement diélectrique (DH) sont autorisés. La fumigation au bromure de méthyle ou au fluorure de sulfuryle n’est autorisée ni en Suisse ni dans l’Union européenne.
Une palette marquée MB ne peut donc pas avoir été traitée ici. Si vous en croisez une, elle vient d’un pays tiers qui autorise encore la fumigation, et le traitement remonte au minimum à l’entrée de la marchandise sur le territoire. C’est un motif suffisant pour l’écarter d’un usage domestique, surtout pour un meuble d’intérieur, un plan de travail ou un meuble d’enfant : vous ne disposez d’aucune information sur la dose appliquée ni sur le temps de ventilation qui a suivi.
En pratique, retenez HT ou DH pour tout meuble destiné à un logement. L’absence complète de marque relève d’un cas différent, décrit à la section suivante.
Les palettes sans marque
La NIMP 15 s’applique au bois massif d’emballage. L’OFEV précise que les emballages composés uniquement de matériaux dérivés du bois, contreplaqué, panneaux de particules ou OSB, n’ont pas besoin de la marque : la fabrication de ces panneaux détruit déjà les organismes nuisibles. Une palette en panneaux pressés sans marquage n’est donc pas suspecte en soi.
Le champ d’application est également limité au commerce avec les pays tiers hors Union européenne. Une palette ayant circulé uniquement en Suisse ou dans l’espace européen peut légitimement ne porter aucune marque phytosanitaire. L’absence de marquage ne prouve ni un traitement chimique, ni l’absence de traitement. Elle signifie que vous n’avez pas d’information, et l’inconnue se reporte sur l’inspection visuelle.
Réparations et remarquage
L’OFEV fixe une règle de proportion pour les emballages conformes réparés. Si moins d’un tiers des éléments en bois sont remplacés, chaque élément neuf doit être traité et marqué individuellement. Si plus d’un tiers est remplacé, toutes les anciennes marques doivent être rendues illisibles et l’emballage entier retraité et remarqué.
Cela explique un détail qui trouble souvent les récupérateurs : une même palette peut porter plusieurs marques, parfois de pays différents, ou une marque biffée. Une marque rayée ou poinçonnée n’est pas un défaut, c’est la trace d’une réparation conforme.
Les cotes réelles d’une palette EUR
Le format le plus courant en Suisse est la palette EPAL 1, dite europalette. Ses caractéristiques publiées par l’European Pallet Association sont précises et méritent d’être connues avant tout plan de meuble :
- longueur 1200 mm, largeur 800 mm, hauteur 144 mm ;
- 11 planches, 9 dés, 78 clous ;
- masse d’environ 25 kg à l’état sec ;
- charge d’utilisation de 1500 kg.
Ces 144 mm de hauteur sont la donnée la plus utile. Deux palettes superposées donnent 288 mm de plateau nu, trois donnent 432 mm. Une assise confortable se situe entre 400 et 450 mm : trois palettes brutes approchent la bonne hauteur sans coussin, deux palettes avec un coussin de 12 à 15 cm comprimé également. Une table basse se situe généralement au niveau de l’assise du canapé, ce qui laisse deux palettes, ou une seule sur roulettes.
Les 25 kg comptent autant. Une palette sèche pèse déjà le poids d’un meuble fini ; un canapé de jardin à trois palettes par place dépasse vite 150 kg avant coussins. Prévoyez l’aide d’une deuxième personne et, si le meuble doit bouger, des roulettes dimensionnées pour cette masse et non pour la charge apparente.
La charge d’utilisation de 1500 kg est souvent citée comme preuve de solidité universelle. Elle vaut pour une palette entière posée à plat, chargée uniformément, dans son sens d’emploi. Elle ne dit rien de la résistance d’une planche isolée de 22 mm en travée libre, ni d’un assemblage vertical que vous fabriquez. L’EPAL précise d’ailleurs qu’en gerbage sur sol plat et dur, la palette du bas ne doit pas dépasser 5500 kg : ce sont des valeurs de logistique, pas des valeurs de menuiserie.
Écarter une palette : les critères objectifs
L’EPAL publie des critères de mise hors service que l’on peut reprendre tels quels pour un usage domestique. Une palette n’est plus considérée comme apte lorsque :
- une planche manque ;
- un dé manque ou est fendu au point que plus d’une tige de clou est visible ;
- une planche est éclatée au point que plus d’une tige de clou est visible ;
- une planche est cassée en travers ou en diagonale ;
- le bois est pourri ou en décomposition, très échardé, ou les longerons sont endommagés ;
- la palette est souillée au point de risquer de contaminer la charge ;
- des composants non conformes ont visiblement été utilisés, planches trop minces ou dés trop petits.
Les dés fendus et le déchaussement des clous sont les deux défauts qui condamnent le plus souvent une palette pour un meuble porteur. Un clou dont la tige est visible ne tient plus rien : la liaison entre planche et dé est déjà rompue.
Le critère de souillure mérite une attention particulière en récupération. Une palette qui a transporté des produits chimiques, des solvants, des huiles ou des denrées animales a pu absorber ces substances dans le bois, et aucun ponçage ne les retire puisqu’elles ont migré sous la surface. Une tache sombre étendue, une odeur persistante ou un résidu poudreux sont des motifs d’abandon.
Ajoutez une vérification biologique simple. Des galeries de quelques millimètres, de la vermoulure fine au pied des dés ou des trous ronds nets signalent un insecte xylophage, éventuellement encore actif. Introduire ce bois à l’intérieur d’un logement expose vos autres meubles. Les taches noires diffuses et l’odeur de cave signalent des moisissures, qui indiquent surtout un stockage humide prolongé et un bois affaibli.
Ponçage : poussières, masque et aspiration
La Suva fixe la valeur limite d’exposition aux postes de travail pour les poussières de bois en suspension à 2 mg/m³, et relève que les opérations de ponçage et de fraisage en particulier produisent des quantités supérieures à cette limite. C’est l’étape du travail des palettes où le risque est le plus concret, et celle que l’on bâcle le plus souvent.
L’enjeu dépasse l’inconfort respiratoire. La Suva indique que les personnes qui inhalent fréquemment des poussières de bois, en particulier de hêtre, de chêne et de certains bois tropicaux, présentent un risque accru de cancer des fosses nasales et des sinus. Plusieurs essences, dont le pin, le hêtre et le chêne, peuvent aussi provoquer eczémas et allergies cutanées, qui disparaissent en général à l’arrêt de l’exposition.
Les mesures recommandées par la Suva se transposent directement à un atelier domestique :
- aspirer la poussière à la source plutôt que de la laisser se disperser, avec une machine portative raccordée à une aspiration ;
- utiliser un aspirateur répondant au moins à la classe M, et de classe H pour les essences cancérogènes comme le hêtre ou le chêne ;
- porter un masque FFP2 lors des travaux très poussiéreux, et FFP3 pour travailler ces essences ;
- travailler dehors ou dans un local largement ventilé.
Un point souvent ignoré : la Suva signale qu’en présence d’une source d’inflammation, les poussières de bois peuvent provoquer des incendies et, dans les installations d’aspiration et les silos, des explosions. Un aspirateur de chantier plein de poussière fine à côté d’une meuleuse n’est pas une situation anodine.
Les palettes sont majoritairement en résineux, moins problématiques que le hêtre ou le chêne du point de vue cancérogène, mais le pin reste cité pour les allergies cutanées. Le masque et l’aspiration gardent donc leur utilité même sur du bois d’emballage ordinaire.
Les échardes et les clous
Le ponçage d’une palette poursuit deux objectifs distincts. Le premier est l’élimination des échardes, qui relève de la sécurité immédiate. Le second est la préparation de surface avant finition.
Retirez les clous et les agrafes avant tout ponçage, sans exception. Un clou rencontré par une bande abrasive projette des particules métalliques et détruit l’abrasif ; sur une ponceuse à bande, il peut faire dévier la machine. Passez un détecteur de métaux ou, à défaut, la main gantée sur toute la surface avant de brancher quoi que ce soit.
Un enchaînement grain moyen puis grain fin suffit pour du bois de palette : le bois brut d’emballage est scié, pas raboté, et une recherche de finition très lisse consomme beaucoup d’abrasif pour un résultat que le bois ne tiendra pas.
Démonter sans casser
Le démontage est l’opération qui détruit le plus de matière chez les débutants. Les palettes sont clouées avec des pointes annelées ou torsadées, conçues pour résister à l’arrachement : c’est précisément leur fonction dans un emballage qui subit des chocs. Une europalette compte 78 clous.
Trois approches, par ordre de perte de matière croissante :
- Scier au ras des dés. Une scie alternative avec une lame à métaux passe entre la planche et le dé et sectionne les clous. Vous conservez des planches entières, légèrement raccourcies, avec des tronçons de clous à chasser ensuite.
- Lever avec un outil dédié. Un arrache-clou de palette ou un pied-de-biche large réparti sur plusieurs points lève la planche progressivement. En appuyant près de chaque clou plutôt qu’au milieu de la planche, vous limitez les fentes.
- Frapper depuis l’arrière. En chassant les clous depuis la face inférieure du dé avec un chasse-clou, la planche se libère sans effort de flexion. La méthode est lente mais conserve presque tout.
Le pied-de-biche planté au milieu d’une planche fend le bois dans le sens des fibres à peu près une fois sur deux. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus coûteuse en matière.
Assembler : ce que le bois de palette accepte mal
Le bois d’emballage est un résineux de qualité courante, souvent noueux, séché à l’air plutôt qu’en séchoir, avec des variations d’épaisseur notables d’une planche à l’autre. Cela se traduit par trois contraintes de conception.
Les assemblages fins ne tiennent pas. Les queues d’aronde, les tenons et mortaises fins, les rainures étroites cassent sur un bois noueux et irrégulier. Les assemblages vissés avec renfort, les tasseaux intérieurs et les équerres métalliques conviennent mieux.
Le bois travaille encore. Une palette stockée dehors puis rentrée dans un logement chauffé perd de l’humidité et se rétracte. Laissez le bois s’acclimater deux à trois semaines à l’intérieur avant l’assemblage définitif, sinon les joints s’ouvrent après coup. Les plateaux collés largeur contre largeur sont les plus exposés.
L’épaisseur est variable. Mesurez chaque planche plutôt que de vous fier au premier relevé. Sur une assise ou un plateau, un écart de 2 mm entre planches voisines se voit et se sent.
Pour un meuble porteur, assise, lit ou étagère chargée, doublez les points d’appui par rapport à ce que suggère l’apparence. Une palette porte 1500 kg posée à plat sur ses neuf dés, répartis en trois lignes. Un meuble qui reprend seulement quatre appuis d’angle n’a plus le même schéma statique.
Finitions : ce qui pénètre et ce qui reste en surface
Deux familles se distinguent. Les huiles et les cires pénètrent dans le bois, laissent respirer la surface et se réparent localement par ponçage léger et nouvelle application. Les vernis et les peintures forment un film en surface, protègent mieux des taches et de l’eau, mais s’écaillent et se rénovent en décapant la zone entière. Le comparatif entre vernis et huile détaille ce choix selon l’usage.
Sur du bois de palette, le film a un désavantage supplémentaire : il se tend sur un support irrégulier et met en évidence chaque différence d’épaisseur. Une huile ou une lasure pardonne davantage.
Pour un meuble peint, la préparation compte plus que le produit. Un bois brut absorbe la première couche de façon très inégale, et les nœuds de résineux peuvent laisser remonter de la résine à travers la peinture. Une sous-couche d’accrochage adaptée au bois résineux traite les deux problèmes. La méthode détaillée dans notre préparation avant peinture s’applique pour l’essentiel, en sachant qu’un résineux noueux demande une attention aux nœuds que le panneau n’exige pas.
Pour un usage extérieur, l’exposition change la donne. Le bois de palette non traité n’a aucune durabilité naturelle face à l’humidité permanente : c’est un résineux d’aubier, la partie la moins durable de l’arbre. Un meuble de jardin en palette posé directement sur une terrasse prend l’eau par capillarité et pourrit par le bas. Surélevez-le sur des pieds ou des patins, et acceptez qu’il s’agisse d’un meuble à durée de vie limitée plutôt que d’un mobilier permanent. Nos articles sur le mobilier pliable d’extérieur couvrent les solutions conçues pour ces contraintes.
Ce qu’il ne faut pas appliquer
L’ordonnance sur la réduction des risques liés aux produits chimiques (ORRChim) interdit à son annexe 2.4 de mettre sur le marché des produits pour la conservation du bois contenant de l’arsenic ou des huiles de goudron, et interdit de remettre et d’employer du bois traité avec des produits contenant de l’huile de goudron. Sont visées la créosote (n° CAS 8001-58-9), l’huile de créosote et plusieurs distillats de goudron de houille.
En pratique, vous ne trouverez pas ces produits dans le commerce de détail suisse. Le risque réel est ailleurs : un bidon ancien hérité d’un atelier, ou un flacon acheté hors de Suisse. L’odeur caractéristique de goudron d’une traverse de chemin de fer doit servir de signal d’alarme, aussi bien pour un produit que pour un bois de récupération qui en aurait été enduit.
Éliminer les chutes selon le droit suisse
C’est sur l’élimination que la récupération de palettes rencontre le droit fédéral le plus directement, et que les habitudes courantes se révèlent souvent inexactes. Deux textes s’appliquent, l’un pour la combustion, l’autre pour le tri.
Ce qui peut être brûlé
L’ordonnance sur la protection de l’air (OPair) définit à son annexe 5, chiffre 31, ce qui compte comme bois de chauffage. Le point décisif figure à l’alinéa 1, lettre d, chiffre 2 : les palettes à usage unique en bois massif sont du bois de chauffage.
L’alinéa 2, lettre a, pose l’exclusion inverse : le bois usagé issu de la démolition, de la transformation ou de la rénovation, les résidus de chantier, les vieux meubles et le bois usagé provenant d’emballages, y compris les palettes, ne sont pas du bois de chauffage, à l’exception des palettes qui satisfont à l’alinéa 1, lettre d, chiffre 2.
La distinction est donc nette. Les chutes d’une palette perdue en bois massif, non peinte et non traitée, peuvent partir au feu dans une installation adaptée, alors que celles d’une europalette à usage multiple, d’une palette en panneaux pressés, d’une palette peinte ou d’une palette collée ne le peuvent pas. Une chute que vous avez vous-même peinte, vernie ou huilée change également de catégorie.
L’OPair exclut aussi, à son chiffre 31, alinéa 2, lettre b, le bois traité par imprégnation sous pression, celui qui porte un revêtement contenant des composés organohalogénés ou des composés du plomb, et le bois traité intensivement avec des produits comme le pentachlorophénol.
Les codes de la filière déchets
L’OFEV classe les déchets de bois avec des codes précis qui déterminent la filière. Pour les palettes, deux codes se partagent le travail :
- 15 01 98 : palettes à usage unique en bois massif ;
- 15 01 03 : palettes qui ne sont pas entièrement en bois massif et toutes les palettes à usage multiple, les europalettes notamment, lorsqu’elles sont destinées à l’élimination.
Un troisième code concerne les cas problématiques. Le 17 02 98, classé déchet spécial, couvre les bois imprégnés ou enduits de produits de conservation, les bois à revêtement contenant du plomb et les bois traités intensivement avec des produits de protection. Les exemples cités par l’OFEV sont parlants : poteaux téléphoniques et traverses de chemin de fer imprégnés à la créosote, fenêtres peintes au blanc de plomb, bancs de parcs publics traités à l’arsenic. Ces bois ne vont ni à la déchetterie ordinaire ni au feu.
Les valeurs limites qui fondent le tri
L’ordonnance sur la limitation et l’élimination des déchets (OLED) fixe à son annexe 7 les teneurs maximales que le bois usagé ne doit pas dépasser selon sa destination. Pour la valorisation matière, sous forme de panneaux par exemple, les limites sont exprimées en mg par kg de matière sèche : arsenic 2, plomb 30, cadmium 2, chrome 30, cuivre 20, mercure 0,4, chlore 600, fluor 100, zinc 400, pentachlorophénol 3, PCB 3, hydrocarbures aromatiques polycycliques 25.
Pour la valorisation énergétique dans une installation de combustion alimentée au bois usagé, les limites sont plus larges : arsenic 5, plomb 500, cadmium 5, chrome 100, cuivre 100, mercure 1, chlore 5000, fluor 200, zinc 1000, pentachlorophénol 5, PCB 5, HAP 50.
Un particulier ne mesure évidemment pas ces teneurs. L’intérêt de ces chiffres est de montrer que le tri du bois usagé repose sur des seuils de contamination réels, et non sur une convention administrative. Le cuivre, limité à 20 mg/kg pour la valorisation matière, est l’un des marqueurs classiques des anciens produits de préservation du bois. C’est la raison pour laquelle une déchetterie refuse un bois traité sans discuter son apparence.
En cas de doute sur le traitement d’une palette, renseignez-vous auprès de la déchetterie de votre commune plutôt que de la déposer dans le conteneur du bois propre. Une seule pièce contaminée déclasse le lot entier.
Quatre projets et leurs contraintes réelles
Tête de lit. C’est le projet le plus accessible, parce que la palette ne porte aucune charge. Fixez-la au mur plutôt qu’au lit : le poids de 25 kg par palette se reprend sur des chevilles adaptées au support, et une palette simplement posée contre un mur glisse. Poncez soigneusement la face côté lit, qui sera touchée tous les jours.
Table basse. Une palette sur roulettes donne environ 144 mm plus la hauteur des roulettes, soit 200 à 250 mm, ce qui est bas pour un canapé standard. Deux palettes superposées donnent 288 mm, plus proche d’une assise de canapé. Un plateau de verre trempé rattrape l’irrégularité de surface, à condition de prévoir des patins qui empêchent le verre de reposer directement sur le bois.
Étagère murale. Une palette fixée au mur supporte peu de charge en porte-à-faux, et les planches de fond de 22 mm fléchissent vite sur 1200 mm. Réduisez la portée en fixant la palette sur au moins trois points, ou en la coupant en deux dans la longueur.
Canapé de jardin. Le projet le plus lourd et le plus exposé. Trois palettes par place d’assise, surélevées sur patins, avec les réserves déjà évoquées sur la durabilité d’un résineux d’aubier en extérieur. Les coussins d’extérieur en tissu déperlant vieillissent mieux que les mousses d’intérieur recouvertes de housses.
Ce que coûte vraiment une palette gratuite
La palette elle-même est gratuite ou presque, mais les postes qui suivent ne le sont pas : l’abrasif, qui s’use vite sur un bois sale et sablé par le transport, la visserie, la finition, et surtout le temps. Démonter proprement une europalette prend facilement une heure la première fois, poncer les onze planches une autre heure, et ces heures se répètent à chaque palette du projet.
L’outillage change l’équation. Une ponceuse et une scie alternative correctes représentent un investissement qui ne s’amortit que sur plusieurs projets. Pour un meuble unique, la location auprès d’une quincaillerie ou l’accès à un atelier partagé revient souvent moins cher. Les Repair Cafés et ateliers partagés en Suisse donnent accès à des machines et à des conseils sans achat.
L’upcycling de palettes se justifie par la réutilisation de matière et par le plaisir du travail manuel. Comparé à l’achat, il reste rarement rentable en coût horaire dès que l’on valorise son temps. Si l’objectif est de meubler à budget contenu, nos astuces pour meubler sans se ruiner comparent des pistes plus directes.
Quand un autre bois vaut mieux
Le bois de palette est un matériau contraint : essence imposée, qualité variable, sections fixes. Pour un projet où l’aspect final compte, une chute de menuiserie ou un panneau acheté donne un meilleur résultat pour un travail comparable. Le guide des essences de bois permet de situer ce que vaut un résineux d’emballage face à un feuillu de menuiserie en dureté, en stabilité et en tenue. Pour une pièce destinée à durer et à être vue, la comparaison avec un meuble réalisé sur mesure vaut la peine d’être faite avant de démonter dix palettes.
Sur le plan environnemental, la réutilisation d’un emballage existant est une opération à faible impact par nature. Si votre motivation est l’origine du bois plutôt que la récupération, du bois neuf porteur d’une certification FSC ou PEFC apporte une traçabilité qu’une palette anonyme ne peut pas offrir.
Pour un projet où la matière récupérée est justement l’intérêt, le bois de palette fait très bien l’affaire, à condition d’accepter ses limites : irrégularité, nœuds, durabilité modeste en extérieur, et la contrainte de tri à l’élimination.
Récapitulatif avant de commencer
Une palette destinée à un meuble d’intérieur doit réunir les conditions suivantes :
- marquage HT ou DH lisible, ou absence de marque sur une palette de provenance européenne connue ;
- aucune marque MB ;
- pas de dé fendu laissant voir une tige de clou, pas de planche cassée en travers ou en diagonale, pas de longeron endommagé ;
- pas de tache étendue, d’odeur persistante ni de résidu poudreux ;
- pas de galerie d’insecte ni de vermoulure fraîche ;
- bois sec, acclimaté deux à trois semaines à l’intérieur avant assemblage ;
- clous et agrafes retirés avant tout ponçage ;
- ponçage avec aspiration à la source et masque FFP2 au minimum ;
- filière d’élimination des chutes identifiée avant de commencer à couper.
Si un seul de ces points manque et ne peut pas être corrigé, écarter la palette coûte moins cher que la transformer, d’autant que les palettes disponibles ne manquent généralement pas.
Sources
- NIMP 15 : Réglementation des matériaux d’emballage en bois utilisés dans le commerce international, Convention internationale pour la protection des végétaux, FAO (texte officiel, annexes 1 et 2)
- NIMP 15 : la norme pour les emballages en bois, Office fédéral de l’environnement
- Questions fréquentes concernant la norme NIMP 15, Office fédéral de l’environnement
- Classification des déchets de bois et des déchets provenant de leur traitement, Office fédéral de l’environnement
- Ordonnance sur la protection de l’air (OPair), RS 814.318.142.1, annexe 5, chiffre 31
- Ordonnance sur la limitation et l’élimination des déchets (OLED), RS 814.600, annexe 7
- Ordonnance sur la réduction des risques liés aux produits chimiques (ORRChim), RS 814.81, annexe 2.4
- Poussières de bois : comment réduire le risque pour la santé, Suva
- EPAL Euro Pallet : spécifications, critères d’échange et règles de réparation, European Pallet Association