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Meubles connectés : ce que la loi suisse exige et ce qui tient dans le temps

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Meubles connectés : ce que la loi suisse exige et ce qui tient dans le temps

Un meuble connecté est un meuble auquel on a ajouté un émetteur radio, une alimentation et un logiciel. Le meuble tient vingt ans, l’électronique cinq à dix, le service en ligne qui la pilote parfois moins. Presque toutes les déceptions viennent de là.

Depuis le 1er août 2025, ces produits ne sont plus dans un vide réglementaire en Suisse : un lit à capteurs, une armoire à serrure électronique ou une table à charge intégrée qui se connecte à internet doit satisfaire des exigences de cybersécurité pour être mis sur le marché. Un test mené sur des appareils vendus ici, juste avant cette échéance, a pourtant trouvé des mots de passe par défaut, du chiffrement absent et des mécanismes de mise à jour défaillants, y compris chez des marques établies.

La réponse en bref

Cinq points suffisent à trier l’offre, dans cet ordre de priorité.

Le module électronique est-il remplaçable sans démonter ou détruire le meuble ? De ce point dépend la question de savoir si l’objet vieillira bien.

Le meuble fonctionne-t-il encore si le service en ligne du fabricant ferme ? Un tiroir motorisé qui n’obéit qu’à une application cloud devient un tiroir bloqué.

Le vendeur peut-il produire une déclaration de conformité et une notice dans une langue officielle suisse ? La loi l’y oblige, il n’y a donc pas à négocier ce point.

La documentation indique-t-elle la puissance en veille connectée et la durée pendant laquelle les mises à jour sont garanties ?

Le meuble collecte-t-il des données sur les personnes qui l’utilisent, et peut-on désactiver cette collecte sans perdre la fonction principale ?

Sans réponse écrite sur le remplacement du module, la conformité et les données, l’achat mérite d’attendre.

Ce qui compte comme meuble connecté, et ce qui n’en est pas

La distinction détermine quelles règles s’appliquent au produit.

Un bureau à moteur électrique piloté par deux boutons est un meuble motorisé, soumis au droit des matériels électriques, et rien de plus. Un bureau qui mémorise vos positions dans une application sur votre téléphone entre dans le régime des objets connectés, avec les obligations qui l’accompagnent.

De même, un chevet muni de prises USB est une alimentation posée dans un meuble : la question centrale y est la charge et l’obsolescence du module, comme le détaille notre guide sur les chevets avec ports USB intégrés. Un chevet qui mesure votre sommeil et l’envoie à un serveur relève d’un autre régime.

Le mot « intelligent » sur un emballage ne dit rien de tout cela. Trois questions le remplacent utilement : l’objet émet-il des ondes radio, se connecte-t-il à internet directement ou à travers une passerelle, traite-t-il des données sur une personne ?

Le cadre suisse d’accès au marché depuis le 1er août 2025

En Suisse, tout meuble comportant un émetteur radio est une installation de radiocommunication au sens de l’ordonnance sur les installations de télécommunication (OIT, RS 784.101.2). Son article 7, alinéa 1, exige que l’installation protège la santé et la sécurité des personnes et des animaux domestiques, protège les biens en reprenant les objectifs de sécurité de l’ordonnance sur les matériels électriques à basse tension, et présente un niveau adéquat de compatibilité électromagnétique.

L’alinéa 3 du même article charge l’OFCOM de déterminer des exigences essentielles additionnelles, en tenant compte des actes délégués de la Commission européenne. Trois d’entre elles portent sur la cybersécurité : la lettre d interdit que l’installation porte atteinte au réseau ou à son fonctionnement et qu’elle fasse mauvais usage de ses ressources, la lettre e impose des sauvegardes protégeant les données personnelles et la vie privée des utilisateurs, la lettre f vise la protection contre la fraude.

L’OFCOM a exercé cette compétence dans son ordonnance sur les installations de télécommunication (OOIT, RS 784.101.21). Son annexe 1 désigne précisément les produits concernés :

  • le chiffre 7 soumet à la lettre d toutes les installations de radiocommunication connectées directement ou indirectement à internet, avec une exception pour les dispositifs médicaux ;
  • le chiffre 8 soumet à la lettre e les installations connectées à internet capables de traiter des données personnelles, ainsi que celles conçues pour la garde d’enfants, les jouets intégrant un module radio et les objets destinés à être portés, attachés ou suspendus sur le corps ou sur un vêtement ;
  • le chiffre 9 soumet à la lettre f les installations connectées permettant de transférer de l’argent, de la valeur monétaire ou une monnaie virtuelle.

Ces trois chiffres renvoient tous au règlement délégué (UE) 2022/30, ce qui aligne la Suisse sur le régime européen.

La date figure à l’article 10b de l’OOIT, une disposition transitoire selon laquelle les installations soumises à ces exigences mais qui ne les remplissent pas « peuvent être mises sur le marché jusqu’au 31 juillet 2025 ». Depuis le 1er août 2025, un produit non conforme ne peut donc plus légalement être mis sur le marché suisse.

Un détail pratique sépare la Suisse de l’Union européenne. L’ordonnance sur les matériels électriques à basse tension (OMBT, RS 734.26) précise à son article 4, alinéa 2, que l’obligation d’apposer le marquage CE ne s’applique pas ; si le marquage est déjà présent conformément aux prescriptions de l’UE, il peut rester. Ne cherchez donc pas un logo comme preuve. Cherchez la déclaration de conformité, que l’OMBT impose de pouvoir présenter pendant dix ans à compter de la mise sur le marché suisse, et la notice d’utilisation, qui doit être rédigée au moins dans la ou les langues officielles du lieu de mise à disposition.

Comment un fabricant prouve sa conformité

Les exigences essentielles restent abstraites tant que des normes techniques ne les concrétisent pas. Ces normes sont reprises en Suisse et l’OFCOM publie leur liste.

Pour la cybersécurité, elles sont récentes. Le CEN et le CENELEC ont élaboré trois textes : EN 18031-1:2024 pour les équipements radio connectés à internet, à l’appui de la lettre d ; EN 18031-2:2024 pour les équipements connectés, ceux destinés à la garde d’enfants, les jouets et les objets portables, à l’appui de la lettre e ; EN 18031-3:2024 pour les équipements traitant de la valeur monétaire, à l’appui de la lettre f. Leurs références ont été publiées au Journal officiel de l’Union européenne par la décision d’exécution (UE) 2025/138 du 28 janvier 2025.

Cette publication est assortie de restrictions, ce que le marketing omet volontiers. La décision relève que certains critères d’évaluation de la troisième partie ne traitent pas correctement les risques d’authentification, et que les sections « Rationale » et « Guidance » de ces normes ne contiennent pas de spécifications. La conformité à une norme harmonisée confère une présomption de conformité, qui n’équivaut pas à un certificat de sécurité.

Pour un acheteur, cela se traduit simplement : « conforme EN 18031 » est un argument sérieux quand il est écrit dans la documentation technique, et ne veut rien dire quand il est seulement prononcé en magasin.

Ce que les tests ont trouvé sur des appareils vendus en Suisse

Le 22 mai 2025, l’Institut national de test pour la cybersécurité (NTC), association sans but lucratif basée à Zoug, a publié un rapport de synthèse sur la conformité d’appareils connectés aux nouvelles exigences. L’échantillon portait sur des produits largement répandus dans le commerce suisse : montres connectées pour enfants, babyphones avec caméra, systèmes d’alarme, routeurs WLAN et adaptateurs de prises intelligents. Les tests ciblaient l’authentification et le contrôle d’accès, la protection des données en transmission, la sécurité des mises à jour logicielles et la protection contre la manipulation.

Les vulnérabilités relevées sont exactement celles qu’on retrouve dans les meubles connectés bon marché : mots de passe par défaut non sécurisés, chiffrement inexistant ou insuffisant lors de la transmission des données, mécanismes de mise à jour défaillants ou absents. Le NTC précise que ces failles ont été constatées non seulement sur des produits d’importation à bas prix, mais aussi sur des appareils de fabricants de marques bien implantées, et que certaines pouvaient être exploitées sans connaissances techniques approfondies.

Sa recommandation aux consommateurs tient en quatre gestes : acheter chez des distributeurs bien établis en Suisse, se méfier des importations directes, changer immédiatement les mots de passe par défaut, installer régulièrement les mises à jour.

Le NTC ajoute une réserve qui mérite d’être citée telle quelle : les résultats de l’analyse « soulèvent des doutes quant à la possibilité que la directive soit mise en œuvre de manière généralisée et en temps utile ». Il reste donc prudent de vérifier soi-même les points listés plus bas, plutôt que de compter sur la seule existence de la règle.

Les protocoles radio, et ce que chacun implique pour un meuble

Les fabricants énumèrent volontiers Wi-Fi, Bluetooth, Zigbee, Z-Wave, Thread et Matter comme si c’étaient des qualités interchangeables. Appliqués à un meuble, ces choix ont des conséquences très différentes.

Le Wi-Fi porte loin et traverse mal la matière. Un module Wi-Fi enfermé dans un caisson en bois massif ou derrière un panneau métallique perd du signal ; c’est le cas classique d’une serrure électronique installée au fond d’une armoire. Il consomme davantage, ce qui exclut en pratique l’alimentation par pile sur plusieurs années. Il connecte l’appareil directement au réseau du logement, donc directement à internet si rien ne l’en empêche.

Le Bluetooth ne porte qu’à courte distance et suppose en général un téléphone à proximité. Pour un meuble, c’est souvent un avantage : le meuble ne parle qu’à vous, dans la pièce, et pas à un serveur. C’est aussi une limite dès que vous voulez une automatisation qui fonctionne en votre absence.

Zigbee et Z-Wave forment un réseau maillé à basse consommation et passent par une passerelle. Cela ajoute un boîtier, et ce boîtier devient le point de dépendance : s’il n’est plus mis à jour, tout ce qui en dépend vieillit avec lui.

Thread est aussi un réseau maillé à basse consommation, mais il transporte de l’IPv6 et n’a pas besoin d’une passerelle propriétaire, seulement d’un routeur de bordure, fonction souvent déjà présente dans une enceinte connectée ou une box. Le Thread Group indique que la version 1.4, annoncée en septembre 2024, standardise la manière dont les appareils se reconnaissent et se font confiance, de sorte qu’un nouvel appareil ou un nouveau routeur de bordure rejoigne le réseau Thread existant au lieu d’en créer un nouveau.

Matter n’est pas un protocole radio mais une couche applicative, publiée par la Connectivity Standards Alliance, qui fonctionne par-dessus le Wi-Fi, l’Ethernet ou Thread. Son intérêt réel est le pilotage du même appareil par plusieurs applications à la fois. La version 1.4, publiée le 7 novembre 2024, a introduit des routeurs et points d’accès domestiques certifiables combinant point d’accès Wi-Fi et routeur de bordure Thread, avec un annuaire sécurisé pour les identifiants du réseau Thread, et a étendu la gestion de l’énergie à de nouveaux types d’appareils comme les panneaux solaires, les batteries, les pompes à chaleur et les chauffe-eau. Notre article sur les lampes connectées Matter détaille la procédure d’appairage et les limites du standard.

Pour un meuble, la règle utile est courte. Si le module doit tenir des années sur pile, visez Thread, Zigbee ou Bluetooth plutôt que le Wi-Fi. Si le meuble est en métal ou très épais, prévoyez de sortir l’antenne du caisson. Et si vous voulez éviter de dépendre d’un fabricant unique, préférez un produit compatible Matter.

L’écart de durée de vie, le vrai sujet

Un buffet en chêne massif traverse deux générations. Une carte électronique alimentée en permanence, chauffée par un caisson fermé, dotée d’une mémoire flash et parfois d’une batterie tampon, ne joue pas dans la même catégorie. Trois échéances se superposent, et aucune ne coïncide avec la durée de vie du meuble.

L’échéance matérielle arrive quand une alimentation à découpage bon marché, des condensateurs installés près d’une source de chaleur ou une batterie lithium qui perd de la capacité au fil des cycles finissent par céder. Cela reste réparable si le module est accessible, remplaçable et documenté.

L’échéance logicielle arrive le jour où le fabricant cesse de publier des correctifs. Le meuble continue de fonctionner, mais il devient un point d’entrée non corrigé sur votre réseau domestique. Un engagement écrit sur la durée de support vaut donc autant qu’une indication d’épaisseur de plateau.

L’échéance contractuelle arrive avec la fermeture d’un service en ligne, qui emporte les fonctions qui en dépendaient. La question se pose dans les mêmes termes pour le mobilier motorisé destiné aux seniors, où un fauteuil releveur piloté par le cloud devient inutilisable si le service disparaît, alors qu’une télécommande filaire continue de fonctionner.

D’où un principe de conception qui vaut pour tout achat : la fonction essentielle du meuble doit rester disponible sans réseau. Un tiroir doit s’ouvrir à la main, un bureau doit monter avec un bouton physique, une serrure doit avoir une clé mécanique ou une alimentation de secours accessible. La connexion ajoute du confort, elle ne devrait jamais conditionner l’usage de base.

La même logique s’applique quand on ajoute soi-même de l’électronique à un meuble existant, comme dans notre guide sur l’intégration de la charge sans fil dans une table vintage : le module se visse par-dessous et se démonte, le meuble reste intact.

Ce que la veille connectée coûte réellement

L’argument des économies d’énergie mérite d’être chiffré, parce qu’un objet connecté consomme d’abord pour rester joignable.

SuisseEnergie donne un ordre de grandeur attribué à Mihaela Grigorie, spécialiste efficacité énergétique à l’Office fédéral de l’énergie : un appareil ménager ou électronique constamment en veille consomme 1 à 2 francs d’électricité par an, mais s’il est également connecté à un réseau, sa consommation annuelle peut atteindre 25 à 70 kWh, soit 5 à 14 francs, et jusqu’à 20 francs pour les appareils de plus de cinq ans. La catégorie citée comprend les modems et routeurs, mais aussi les décodeurs, téléviseurs connectés, imprimantes et « de nombreux autres appareils intelligents ».

Transposé au mobilier, cela donne une arithmétique simple. Un meuble connecté isolé reste marginal sur une facture. Cinq meubles connectés dans un logement, chacun à 40 kWh par an, représentent 200 kWh. La même source indique qu’un lampadaire LED récent consomme 12,5 kWh pour 1000 heures d’éclairage, soit environ trois heures par jour sur une année : ces 200 kWh de veille équivalent donc à une seizaine de lampes LED allumées chaque soir. Cela reste modeste sur une facture, mais annule l’économie promise par l’automatisation si celle-ci ne fait qu’éteindre des LED déjà efficaces.

Le raisonnement change si le pilotage porte sur un poste de consommation important. Une commande fine du chauffage, un thermostat qui suit une occupation réelle ou un chauffe-eau déplacé aux heures favorables agissent sur des kilowattheures qui comptent, et c’est précisément ce que Matter 1.4 vise avec ses nouveaux types d’appareils. Une guirlande décorative pilotée à distance n’entre pas dans cette catégorie.

SuisseEnergie mentionne au passage une solution qui n’a besoin d’aucune connexion : regrouper les appareils d’une même pièce sur une multiprise commutable, autrement dit un îlot de consommation.

Un dernier repère utile vient de l’ordonnance sur les exigences relatives à l’efficacité énergétique (OEEE, RS 730.02) : pour les sources lumineuses, la veille connectée est plafonnée à 0,5 W et cette valeur doit être déclarée. Aucun plafond équivalent ne s’applique à un module de commande intégré dans un meuble, ce qui rend la question d’autant plus utile à poser au vendeur.

Données personnelles : ce que la loi impose au fabricant

Un meuble qui détecte une présence, compte des ouvertures de tiroir, mesure une posture ou enregistre des habitudes de sommeil traite des données personnelles. La loi fédérale sur la protection des données (LPD, RS 235.1) s’applique alors au responsable du traitement, c’est-à-dire en général au fabricant ou à l’exploitant du service.

L’article 6 pose que tout traitement doit être licite, conforme à la bonne foi et à la proportionnalité, que les données ne peuvent être collectées que pour des finalités déterminées et reconnaissables pour la personne concernée, et qu’elles sont détruites ou anonymisées dès qu’elles ne sont plus nécessaires. Il exige un consentement exprès pour le traitement de données sensibles et pour le profilage à risque élevé.

L’article 7 impose la protection des données dès la conception : des mesures techniques et organisationnelles appropriées au regard de l’état de la technique, du type de traitement et du risque, ainsi que des préréglages garantissant que le traitement soit limité au minimum requis par la finalité. Un meuble livré avec toutes les options de collecte activées par défaut est mal réglé au sens de cet article.

L’article 8 exige une sécurité des données adéquate par rapport au risque, avec des mesures permettant d’éviter toute violation.

L’article 19 fixe le devoir d’informer lors de la collecte : identité et coordonnées du responsable du traitement, finalité, et le cas échéant les destinataires. Lorsque les données partent à l’étranger, il faut aussi indiquer l’État ou l’organisme destinataire et les garanties applicables. Pour un meuble dont l’application s’appuie sur un service hébergé hors de Suisse, cette information doit exister.

L’article 25 vous donne un droit d’accès. Vous pouvez demander si des données vous concernant sont traitées et obtenir notamment les données elles-mêmes, la finalité, la durée de conservation ou les critères qui la déterminent, l’origine des données et les destinataires. C’est un outil concret : une demande d’accès envoyée au fabricant avant un achat important en dit plus long que n’importe quelle brochure.

Un point de vigilance particulier concerne les meubles pour enfants. Le chiffre 8 de l’annexe 1 de l’OOIT vise explicitement les installations conçues pour la garde d’enfants et les jouets intégrant un module radio. Un lit à capteurs ou une veilleuse-caméra dans une chambre d’enfant relève du régime le plus strict, et c’est aussi la catégorie où le NTC a trouvé le plus de failles.

Sécurité électrique : ce que vous pouvez faire vous-même

La question revient à chaque installation, et la réponse ne dépend pas du caractère connecté du produit mais de la nature de l’intervention.

Brancher un meuble sur une prise existante ne demande aucune autorisation.

Dès que l’on touche au circuit lui-même, l’ordonnance sur les installations à basse tension (OIBT, RS 734.27) s’applique. Son article 16, alinéa 2, dispense d’autorisation deux catégories de travaux dans le logement occupé en propre ou ses locaux annexes : l’installation de prises et d’interrupteurs sur des équipements existants, sur des circuits terminaux monophasés précédés d’un coupe-surintensité divisionnaire et protégés par un disjoncteur à courant différentiel-résiduel de 30 mA au maximum, et d’autre part le raccordement ou le débranchement des luminaires ainsi que le remplacement des interrupteurs.

Deux conséquences suivent. En location, ces travaux sortent du cadre de l’alinéa 2, qui vise le logement occupé en propre : passez par le bailleur ou par un installateur. Et tirer une nouvelle ligne jusqu’à une niche de bibliothèque, ajouter un point d’alimentation derrière un meuble ou encastrer un module dans une boîte de dérivation dépasse cette dispense.

L’ordonnance charge par ailleurs le propriétaire de l’installation de veiller à ce qu’elle réponde en tout temps aux exigences, de conserver la documentation technique pendant toute la durée de vie de l’installation et de faire réparer les défauts sans retard.

Un cas fréquent mérite d’être signalé. Les meubles connectés multiplient les petites alimentations : multiprises en cascade, blocs secteur empilés, rallonges derrière un caisson fermé où la chaleur s’accumule. Le problème n’est pas réglementaire, il est thermique. Une multiprise unique et accessible, avec un interrupteur, vaut mieux que trois rallonges invisibles. Les mêmes précautions valent pour les rubans LED intégrés dans les meubles et pour l’audio encastré dans du mobilier.

Mise en service : huit étapes qui évitent les reprises

L’ordre compte, car la plupart des problèmes viennent d’une configuration faite dans le mauvais sens.

  1. Avant de percer ou d’assembler quoi que ce soit, alimentez le module et vérifiez qu’il fonctionne et qu’il est joignable là où il sera installé. Un signal correct sur la table de la cuisine ne dit rien du fond d’un dressing.
  2. Changez immédiatement l’identifiant et le mot de passe par défaut. L’Office fédéral de la cybersécurité recommande au moins douze signes mélangeant chiffres, majuscules, minuscules et caractères spéciaux, et un deuxième facteur d’authentification lorsque c’est possible.
  3. Installez la mise à jour disponible avant de fixer le module dans le meuble, et activez les mises à jour automatiques si la plateforme le permet.
  4. Placez l’appareil sur un segment de réseau séparé, sans accès à vos ordinateurs ni à votre stockage réseau. L’OFCS indique que de nombreux routeurs modernes permettent cette séparation ; elle empêche qu’un objet compromis serve à attaquer le reste du logement.
  5. Coupez l’accès depuis internet si le meuble n’en a pas besoin pour la fonction que vous utilisez. Beaucoup d’automatisations locales fonctionnent sans exposition extérieure.
  6. Vérifiez que la fonction essentielle marche réseau coupé. Débranchez la box et réessayez d’ouvrir, de monter, d’allumer. Si rien ne répond, vous connaissez maintenant la dépendance que vous avez achetée.
  7. Réglez la collecte de données au minimum utile, puis relisez ce que l’application propose par défaut.
  8. Notez dans un endroit stable le modèle exact du module, sa référence, la date d’achat et le trajet du câble. C’est ce qui permettra de commander la bonne pièce quand le module lâchera, longtemps après la fin de la garantie.

Si le meuble tombe en panne : garantie et défauts

Un meuble connecté cumule deux sources de défaillance, le meuble et son électronique, et les deux relèvent du même régime de garantie.

Le Code des obligations (RS 220) oblige le vendeur à garantir l’acheteur tant en raison des qualités promises qu’en raison des défauts qui enlèvent à la chose sa valeur ou son utilité prévue, ou les diminuent dans une notable mesure, et précise qu’il en répond même s’il les ignorait (art. 197). Une application promise sur l’emballage et jamais livrée est une qualité promise qui manque.

L’article 201 impose à l’acheteur de vérifier l’état de la chose reçue aussitôt qu’il le peut selon la marche habituelle des affaires et d’aviser le vendeur sans délai s’il découvre un défaut ; à défaut, la chose est tenue pour acceptée. Les défauts qui ne pouvaient pas être découverts lors des vérifications usuelles doivent être signalés immédiatement dès qu’ils se révèlent. Pour un meuble connecté, cela veut dire tester les fonctions annoncées à la réception, pas trois mois plus tard.

L’article 210 prescrit l’action en garantie par deux ans à compter de la livraison, même si l’acheteur n’a découvert les défauts que plus tard, sauf garantie plus longue promise par le vendeur. Une clause réduisant ce délai en dessous de deux ans, ou d’un an pour une chose d’occasion, est nulle lorsque la chose est destinée à l’usage personnel ou familial de l’acheteur et que le vendeur agit dans le cadre d’une activité professionnelle.

Ces délais ne couvrent pas le vieillissement normal ni l’arrêt d’un service en ligne des années plus tard, qui relève des conditions contractuelles du service. La marche à suivre concrète, du constat à la mise en demeure, est détaillée dans notre guide sur le meuble défectueux et les recours en Suisse.

Erreurs fréquentes

La plus coûteuse consiste à acheter la connexion avant l’usage. Un meuble mal dimensionné ne devient pas pratique parce qu’une application le pilote. Réglez d’abord l’ergonomie, comme pour un bureau assis-debout, puis ajoutez du pilotage si un besoin réel subsiste.

Vient ensuite l’encastrement d’un module sans accès de service : une carte collée au fond d’un caisson fermé condamne le meuble à l’âge de son électronique.

Multiplier les écosystèmes produit surtout de l’oubli. Trois applications de trois marques différentes pour trois meubles finissent inutilisées, alors qu’une passerelle unique ou un produit compatible Matter reste gérable dans le temps.

Beaucoup d’acheteurs prêtent aussi aux capteurs plus qu’ils ne mesurent. Un capteur d’humidité dans une armoire mesure l’humidité de l’air de l’armoire ; il ne juge pas si un aliment est encore consommable, ni si un vêtement est sec à cœur. De la même manière, un meuble qui affiche un niveau de bruit ou une qualité d’air ne les améliore pas, exactement comme pour les bureaux à capteurs en télétravail.

Reste la faille que le NTC a le plus souvent trouvée, et la plus facile à exploiter : les mots de passe d’usine laissés en place.

Un dernier argument mérite d’être écarté. Aucune source officielle consultable ne permet de chiffrer un effet des meubles connectés sur la valeur d’un bien immobilier. Tant que ce chiffre n’existe pas, il s’agit d’un argument de vente.

Fin de vie, revente et réinitialisation

Un meuble connecté se sépare en fin de course, et cela demande deux gestes distincts, l’un numérique et l’autre matériel.

Côté numérique, avant de revendre, donner ou jeter, faites une réinitialisation d’usine et supprimez l’appareil de votre compte. Sans cela, le module reste rattaché à vos identifiants, le prochain utilisateur ne pourra pas l’appairer, et vos données restent liées à un objet qui n’est plus chez vous.

Côté matériel, les composants électroniques ne suivent pas le bois. En Suisse, les appareils électriques et électroniques en fin de vie sont repris gratuitement pour les particuliers dans des points de collecte, financés par une contribution anticipée de recyclage ; Swico Recycling organise cette reprise pour l’informatique, l’électronique grand public, la bureautique et la communication. Démontez le module, rapportez-le comme déchet électronique, et traitez la carcasse du meuble selon sa matière, comme expliqué dans notre article sur la seconde vie des meubles.

Un meuble dont le module se démonte garde donc une valeur de revente en tant que meuble, alors qu’un meuble dont l’électronique est noyée dans la structure part entier à la déchetterie. C’est le critère du démontage, revu depuis l’autre extrémité de la vie du produit.

Grille de décision avant achat

Ces huit questions se posent au vendeur, par écrit si possible.

  1. Le module est-il remplaçable, et par qui ? Demandez la référence exacte, le type de connecteur et le prix de la pièce de rechange.
  2. Pendant combien d’années des mises à jour de sécurité sont-elles garanties ? Attendez une durée chiffrée.
  3. Quelles fonctions subsistent sans internet, et lesquelles disparaissent ?
  4. Quelle est la puissance en veille connectée, en watts ?
  5. Quelles données sont collectées, où sont-elles stockées, pendant combien de temps, et à qui sont-elles transmises ?
  6. La déclaration de conformité est-elle disponible, et la notice existe-t-elle en français, en allemand ou en italien ?
  7. Quel protocole radio est utilisé, et l’appareil est-il compatible Matter ?
  8. Si le produit est importé directement de l’étranger, qui répond en cas de défaut ? Le NTC recommande explicitement la prudence sur ce point.

Trois réponses vagues sur huit suffisent à repousser l’achat. Un meuble sans électronique reste utilisable tel quel pendant des décennies ; un meuble connecté mal documenté se retrouve à la déchetterie avec son plateau.

Sources