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Vers à bois dans un meuble : savoir s'il est actif et comment le traiter

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Une fine poussière claire au pied d’une commode, des trous ronds de la taille d’une tête d’épingle sur le dos d’une chaise ou sous un plateau de table : c’est la signature de ce qu’on appelle le « ver à bois ». Le ver n’en est pas un. C’est la larve d’un coléoptère, qui vit plusieurs années à l’intérieur du bois avant d’en sortir adulte par un petit trou d’envol. Dans un meuble ancien, en Suisse, le premier suspect est la petite vrillette (Anobium punctatum). La Ville de Zurich la décrit comme le ravageur le plus fréquent des vieux meubles et des objets d’art en bois, et l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) comme l’espèce la plus répandue en Europe centrale.

La première question est de savoir si l’attaque est encore en cours. Des trous et de la sciure ne suffisent pas à le prouver, souligne l’OFEV. Un meuble ancien peut porter les traces d’une infestation éteinte depuis longtemps, un autre abriter des larves bien vivantes sous une surface presque intacte. Tout le reste en découle : faut-il traiter, avec quelle méthode, et à qui confier le travail quand il dépasse le meuble.

Ce que fait l’insecte, et pourquoi on le voit si peu

La femelle pond dans les fentes du bois ou dans d’anciens trous de sortie. Les larves creusent ensuite des galeries pendant des années : de deux à dix ans selon l’espèce, l’essence et les conditions, d’après l’OFEV. Pour la petite vrillette, la fiche de la Ville de Zurich compte deux ans dans de bonnes conditions et plus de dix dans de mauvaises. Les larves laissent intacte une très fine couche à la surface du bois. Un pied de chaise peut donc paraître sain alors que son cœur est creusé.

Les adultes ne mangent pas de bois. Chez la petite vrillette, leur longévité ne dépasse pas, en moyenne, trois ou quatre semaines, le temps de se reproduire, selon le Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine (CICRP). La petite vrillette adulte mesure de 3 à 5 millimètres. Elle ne vole qu’au-dessus de 17 °C et la lumière du jour l’attire, si bien qu’on la trouve souvent sur les rebords de fenêtre. Les sorties s’étalent du printemps à septembre, avec un pic en juillet et en août.

Un comportement explique pourquoi certains meubles finissent criblés comme une passoire. Les adultes reviennent volontiers pondre dans leur propre trou de sortie, note la fiche zurichoise : un même objet peut être attaqué génération après génération. L’insecte passe aussi d’un meuble à l’autre, en volant ou avec un objet infesté qu’on déplace.

Qui a percé ces trous ?

La forme du trou, la texture de la poudre et l’essence attaquée orientent le diagnostic. Le tableau rassemble les critères publiés par l’OFEV, la Ville de Zurich et le CICRP.

Insecte Trou de sortie et poudre Bois visé et lieux
Petite vrillette (Anobium punctatum) Trou rond aux arêtes vives, de 1 à 2 mm selon la Ville de Zurich, de 1 à 4 mm selon l’OFEV. Vermoulure finement granuleuse, en grains en forme de cacahuète. Aubier des résineux et des feuillus, cœur du bois s’il est dégradé par des champignons. Vieux meubles, boiseries, caves et greniers.
Lyctus (famille des Lyctidés) Trou rond aux bords frangés, d’environ 1 mm. Poudre très fine et volatile, comme de la fleur de farine. Aubier de feuillus riches en amidon, bois tropicaux, contreplaqué. Meubles, parquets et objets en bois sec.
Capricorne des maisons (Hylotrupes bajulus) Trou ovale d’environ 3 × 7 mm. Attaque souvent invisible jusqu’aux premières sorties. Résineux mis en œuvre, jamais les feuillus. Charpentes, surtout dans des combles chauds.

La petite vrillette s’attaque surtout à l’aubier, la partie claire et tendre située sous l’écorce. Le cœur du bois n’est touché que s’il a été dégradé par des champignons. Le CICRP cite l’aulne, le bouleau, le noyer, le pin, le peuplier, le châtaignier et le sapin parmi les essences les plus attaquées, et précise que le chêne et le frêne le sont rarement. Sur un buffet en chêne, regardez donc en priorité le fond, les côtés de tiroirs et les traverses cachées, surtout lorsqu’ils sont faits d’une essence plus tendre. La résistance naturelle de chaque essence aux insectes est détaillée dans notre guide des essences de bois.

Le lyctus a d’autres goûts. Il ne pond que dans un bois sec, intact et riche en amidon : l’aubier du chêne, du châtaignier, du frêne, du noyer, de l’orme ou du cerisier, des bois tropicaux comme l’okoumé, le limba ou le ramin, le bambou, et le contreplaqué fabriqué avec ces essences. Il peut donc toucher un meuble en bois exotique ou en contreplaqué, y compris un meuble récent. Le CICRP le compte parmi les insectes xylophages les plus dangereux : quand ses trous d’envol apparaissent en surface, il est généralement trop tard pour intervenir, car le bois est alors presque complètement évidé. Faites examiner la solidité de la pièce avant de décider de son sort.

Le capricorne des maisons, enfin, concerne avant tout la charpente. Selon la Ville de Zurich, il détruit le bois résineux mis en œuvre dans les bâtiments, n’attaque pas les feuillus et préfère les combles chauds exposés au soleil. Les résineux âgés de 30 ans au maximum sont les plus menacés, ceux de plus de 50 ans rarement attaqués. Des trous ovales dans une poutre relèvent d’une expertise du bâtiment, évoquée plus bas.

Le bois de chauffage donne souvent une fausse alerte. Les trous qu’on y voit sont l’œuvre d’insectes du bois frais, qui ne s’attaquent pas au bois sec des meubles et des charpentes, précise l’OFEV. Le bambou a aussi ses ravageurs, décrits dans notre guide d’entretien des meubles en bambou.

Un dernier indice est plus désagréable. Là où vit la vrillette vivent parfois ses ennemis naturels : un coléoptère bleu acier, Korynetes caeruleus, et de minuscules guêpes de la famille des Béthylidés, dont les larves se nourrissent de celles de la vrillette sans abîmer le bois. Ces guêpes peuvent tomber d’une poutre infestée au-dessus d’un lit ou d’un canapé et piquer. La Ville de Zurich cite l’espèce Scleroderma domesticum et note que sa présence signale une infestation vivante.

Attaque ancienne ou active : guetter les nouveaux trous

L’OFEV est net sur ce point. La sciure peut continuer de tomber des trous longtemps après le départ des insectes, et un bois criblé de trous a pu être abandonné parce qu’il a séché ou vieilli, les insectes préférant le bois jeune. La Ville de Zurich parle de poudre qui s’écoule encore des années après la fin d’une attaque. Un petit tas de poudre apparu après un déménagement ne prouve donc rien à lui seul.

Certains signes rendent l’activité probable : des trous à l’intérieur clair, une poudre fraîche qui réapparaît après nettoyage, des insectes adultes en été. Par une nuit chaude, on peut même entendre les larves ronger le bois avec un stéthoscope, indique l’OFEV. La preuve, elle, reste l’apparition de nouveaux trous de sortie.

L’OFEV propose de boucher les trous existants avec de la cire, ou de coller une feuille de papier sur le bois, puis de guetter les nouvelles sorties. En pratique, la surveillance se prépare ainsi :

  1. Aspirez la poudre sur le meuble, dessous et autour, puis essuyez les surfaces.
  2. Bouchez les trous à la cire, ou collez une feuille de papier sur les zones percées.
  3. Posez une feuille sombre sous le meuble pour repérer toute nouvelle poudre.
  4. Photographiez les zones marquées et notez la date.
  5. Contrôlez régulièrement pendant la saison d’envol de la petite vrillette, du printemps à septembre selon le CICRP.

Un trou neuf dans la cire ou dans le papier signe une attaque active. L’inverse est moins net : une saison sans nouveau trou est rassurante, mais elle ne prouve pas à elle seule que l’infestation est éteinte, puisque les larves restent plusieurs années dans le bois. Pour une pièce de valeur, prolongez la surveillance sur une deuxième saison. Le calendrier a aussi une conséquence pratique : une surveillance commencée en octobre ne donne ses premiers résultats qu’au printemps ou à l’été suivant. Si le meuble porte des trous et doit rejoindre d’autres pièces en bois d’ici là, le traiter tout de suite est souvent plus simple. L’OFEV prévoit d’ailleurs qu’un petit objet ou un meuble isolé infesté peut être traité sans attendre la preuve d’une activité.

Pourquoi ce meuble-là ?

La petite vrillette a besoin d’un bois assez humide. L’OFEV situe son seuil d’attaque à 16 % d’humidité du bois. La fiche zurichoise parle d’au moins 10 à 15 % pour le développement de la larve. Or le bois d’une pièce chauffée se stabilise entre 8 et 10 %, toujours selon l’OFEV. La Ville de Zurich en tire la conséquence : dans les pièces à chauffage central d’une maison moderne, les meubles restent trop secs pour que l’insecte se développe. Un meuble arrivé récemment d’une cave reste toutefois à surveiller.

Face à une petite vrillette, cherchez donc d’abord un séjour dans un endroit humide, frais ou non chauffé : une cave, un grenier, une grange, un chalet peu chauffé, un local d’entreposage mal ventilé. La Ville de Zurich cite les bâtiments frais ou non chauffés, comme les églises, les musées, les caves, les étables et les charpentes. Un ancien dégât d’eau peut aggraver la situation si le bois a été dégradé par des champignons : selon le CICRP, cette dégradation raccourcit fortement le cycle de la vrillette. Le lyctus fait exception à cette logique, puisqu’il se développe de préférence dans les bois secs ou très secs, toujours selon le CICRP.

Deux conclusions en découlent. Des trous anciens dans un meuble qui vit depuis des années dans un salon chauffé ne justifient pas, à eux seuls, un traitement : la surveillance à la cire permet de suivre la situation sans recourir à un insecticide. À l’inverse, contre la petite vrillette, un traitement qui laisse la source d’humidité en place ne prévient pas une nouvelle attaque. L’OFEV demande d’ailleurs d’accompagner la lutte de la suppression des sources d’humidité. Un meuble traité puis remis dans la même cave risque d’être recolonisé.

Traiter, surveiller ou renoncer

La décision dépend de trois éléments : la preuve d’activité, la valeur et la fragilité du meuble, et ce qui l’entoure.

  • Si les trous sont anciens, sans poudre fraîche, et que le meuble vit depuis longtemps dans une pièce chauffée, surveillez-le en bouchant les trous à la cire, sans traitement.
  • S’il y a des signes d’activité, ou si un meuble troué arrive d’une cave, d’un grenier ou d’une brocante et doit rejoindre d’autres meubles en bois, isolez-le et traitez-le par le froid ou par la chaleur, selon sa taille et ses matériaux. Sans trous ni poudre, la provenance justifie un examen attentif, pas un traitement.
  • Si la pièce a de la valeur, ou si elle est peinte, laquée, marquetée ou très fragile, demandez l’avis d’un conservateur-restaurateur avant toute intervention.
  • Si des poutres, un plancher ou de grandes surfaces de boiseries sont touchés, faites évaluer la situation par une entreprise titulaire du permis pour l’emploi de produits pour la conservation du bois, comme le recommande l’OFEV. Si plusieurs meubles sont atteints, un avis professionnel est aussi prudent.

Un meuble très attaqué pose aussi une question de sécurité. Puisque la surface peut cacher un bois évidé, vérifiez la solidité des pieds, des traverses et des assemblages avant de vous asseoir sur une chaise ancienne percée de nombreux trous. Si la pièce n’a pas de valeur et qu’elle s’effrite, s’en séparer est raisonnable. Ne la donnez pas et ne la vendez pas sans le dire : vous transmettriez le problème. Les filières pour se débarrasser de son mobilier en Suisse sont présentées dans un guide séparé.

Le froid, la méthode la moins risquée quand le meuble s’y prête

La Ville de Zurich considère le refroidissement sous le point de congélation comme la méthode la moins problématique, à condition de trouver un congélateur assez grand. L’OFEV indique une semaine à -18 °C. Les protocoles des musées sont un peu plus exigeants : l’American Museum of Natural History (AMNH) demande -20 °C, de préférence -25 °C ou moins, pendant au moins une semaine. Le Western Australian Museum recommande deux semaines à -20 °C ou moins, dans un congélateur sans dégivrage automatique, déjà froid au moment d’y placer les objets et vide de toute nourriture.

La procédure tient en cinq étapes :

  1. Démontez ce qui peut l’être, comme les tiroirs, les tablettes ou les portes, et disposez les pièces de façon que l’air circule autour de chacune.
  2. Enveloppez chaque pièce dans un sac ou un film en polyéthylène épais, chassez l’air autant que possible et fermez avec du ruban adhésif.
  3. Placez le tout au congélateur sans attendre, puis n’ouvrez plus la porte pendant la durée du traitement.
  4. Laissez ensuite revenir à température ambiante dans l’emballage fermé : 24 heures au minimum selon le Western Australian Museum, et jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de condensation sur l’extérieur du sac selon l’AMNH. L’humidité se dépose alors sur le plastique et non sur le bois.
  5. Aspirez la poudre et les débris seulement après le traitement, videz l’aspirateur, puis surveillez le meuble dans les semaines qui suivent et à la saison d’envol suivante.

Avec un congélateur domestique qui plafonne à -20 °C, le guide de traitement des collections du South West Museum Development, au Royaume-Uni, conseille une double congélation : au moins une semaine au froid, jusqu’à ce que la pièce soit gelée à cœur, une semaine de dégel dans le sac fermé, puis au moins une semaine de plus au froid. Selon ce guide, le premier passage tue les adultes et les larves ; le dégel pousse les œufs à se développer, et le second passage les tue.

Le froid a ses limites. Le Western Australian Museum déconseille de congeler les objets peints, laqués ou marquetés, le verre et les objets sous tension mécanique, comme un tambour. Il écarte aussi les objets très fragiles et les éléments en caoutchouc, en plastique ou en cire, et signale un risque pour les assemblages collés. Le musée rappelle enfin qu’un objet sort du congélateur plus cassant que d’ordinaire : manipulez-le avec précaution. Pour un meuble de valeur, l’avis d’un conservateur-restaurateur passe avant le sac plastique.

Pour les grands meubles, l’OFEV admet une solution rustique : les laisser dehors quelques jours par grand froid, protégés de l’humidité dans du plastique. Elle est moins maîtrisée, car la température extérieure varie entre le jour et la nuit, alors que les protocoles des musées reposent sur un froid intense et continu. Surveillez alors le meuble de près dans les semaines qui suivent, puis à la saison d’envol suivante.

La chaleur, efficace mais délicate pour les placages et les colles

L’OFEV indique 60 °C pendant douze heures, au four ou au sauna, pour de petits objets en bois. La Ville de Zurich parle d’environ 55 °C, dans des conditions contrôlées, surtout pour les objets de valeur. L’OFEV prévient qu’un traitement par la température, chaud comme froid, peut endommager les placages, les joints collés et les pièces en plastique.

En pratique, un four ménager ne convient qu’aux petites pièces : un coffret, un cadre, un manche d’outil. Pour un meuble entier, la chaleur devient un traitement de spécialiste. L’OFEV mentionne les enceintes climatiques dans lesquelles des professionnels chauffent les objets précieux et, pour le bois de construction, les traitements par micro-ondes, rayonnement infrarouge ou haute fréquence réalisés par des entreprises spécialisées.

Reste l’anoxie, un traitement par appauvrissement en oxygène. La State Library of Queensland la présente comme une autre méthode efficace contre les insectes, utilisable sur tous les types d’objets. Pour savoir si elle convient à un meuble qui ne supporte ni le chaud ni le froid, demandez conseil à un conservateur-restaurateur.

Les produits : ce que dit le droit suisse

Un produit qui tue les insectes du bois n’est pas un simple produit d’entretien. L’annexe 2.4 de l’ordonnance sur la réduction des risques liés aux produits chimiques (ORRChim) définit les produits pour la conservation du bois comme des biocides du type de produits 8, au sens de l’ordonnance sur les produits biocides (OPBio). La notice A13 des services cantonaux des produits chimiques (chemsuisse) précise qu’ils contiennent des matières actives insecticides ou fongicides. Selon la même notice, leur emploi nécessite une autorisation de l’organe de réception des notifications des produits chimiques, et leur étiquette porte un numéro d’autorisation commençant par CHZ ainsi que la teneur en substances actives.

Un produit sans insecticide ni fongicide ne peut pas être étiqueté comme produit de conservation du bois : c’est un produit d’entretien. Les produits autorisés figurent au registre des produits de la Confédération. L’Index suisse des produits de préservation du bois, publié par Lignum et l’Empa, donne des informations plus détaillées sur chaque produit et sur le choix d’un produit adapté.

Pour un particulier qui traite son propre meuble, la fiche de la Ville de Zurich ne prévoit l’application d’un produit de protection du bois, selon le mode d’emploi, que sur de petites parties dont la surface n’est pas traitée. Sur une surface vernie, cirée, huilée ou peinte, cette condition n’est pas remplie.

La fiche « Gesundes Innenraumklima » de l’association eco-bau, diffusée par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), recommande de ne pas employer de produits chimiques de protection du bois à titre préventif dans les pièces chauffées. Elle rappelle que les biocides de ces produits peuvent passer dans l’air intérieur pendant de longues périodes, en particulier après des traitements antérieurs à 1990. Traiter « par précaution » tous les meubles d’un appartement va donc à l’encontre des recommandations.

Les anciens traitements méritent la même prudence. L’OFSP rappelle que le pentachlorophénol (PCP), autrefois utilisé pour protéger le bois, est désormais interdit, et que les matériaux qui contiennent ce type de substances peuvent mettre en danger les ouvriers, professionnels comme amateurs, lorsqu’ils sont manipulés sans les précautions nécessaires. La fiche eco-bau recommande d’ailleurs de faire analyser les éléments en bois traités sur de grandes surfaces avant 1990. Avant de poncer un meuble ou une boiserie qui a pu recevoir un tel traitement, renseignez-vous auprès d’un spécialiste.

Le volet professionnel est encadré. Selon l’article 7 de l’ORRChim, l’emploi de produits pour la conservation du bois à titre professionnel ou commercial est réservé aux personnes titulaires d’un permis, ou de qualifications reconnues comme équivalentes, et aux personnes qui travaillent sous leur direction. Les conditions sont fixées par l’ordonnance du DETEC relative à ce permis (OPer-B), et la formation est organisée par la Haute école spécialisée bernoise. Le gazage obéit à une règle plus stricte : les fumigants ne peuvent être utilisés comme pesticides que par des personnes disposant du permis correspondant ou de qualifications reconnues comme équivalentes. La Ville de Zurich précise qu’un gazage ne peut être réalisé que par une entreprise spécialisée.

L’OFEV cite enfin des produits dits de vitrification, qui déclenchent une cristallisation dans le bois. Ils servent surtout en prévention. Lorsque l’infestation a commencé, ils engluent les larves dans leurs galeries, et les adultes ne reconnaissent plus le bois comme une source de nourriture. L’OFEV les présente comme une alternative au chaud et au froid pour une attaque de faible ampleur.

Qui appeler, et quoi lui demander

Lorsque des structures porteuses ou de grandes surfaces de bois sont infestées, l’OFEV juge nécessaire l’expertise d’une entreprise titulaire du permis pour l’emploi de produits pour la conservation du bois. La Ville de Zurich dit la même chose pour la charpente attaquée par le capricorne. Pour un meuble ancien, peint, marqueté ou de valeur, l’interlocuteur est plutôt un conservateur-restaurateur. Notre guide pour faire réparer un meuble en Suisse explique comment choisir ce professionnel et cadrer son devis.

Avant d’accepter une offre, posez quelques questions simples :

  • Quel insecte a été identifié, et sur quels indices l’attaque est-elle jugée active ?
  • Quelle méthode est proposée, et pourquoi celle-là pour ce meuble ?
  • Si un produit est employé, quel est son nom commercial, quel est son numéro d’autorisation CHZ, et qui détient le permis dans l’entreprise ?
  • Comment les placages, la finition et les assemblages seront-ils protégés ?
  • Que se passe-t-il si de nouveaux trous apparaissent à la saison d’envol suivante ?

L’OFSP conseille de se renseigner sur le sérieux des destructeurs de parasites et de demander un devis à une seconde entreprise. À Zurich, la Fachstelle Schädlingsprävention de la Ville identifie gratuitement les insectes qu’on lui envoie ou qu’on lui apporte, mais ce service est réservé aux habitants de la ville. Ailleurs, renseignez-vous auprès de votre commune ou de votre canton.

Acheter un meuble ancien sans ramener d’intrus

L’OFEV recommande d’examiner soigneusement le bois et les objets en bois, à la recherche de trous de sortie, avant de les acheter ou de les faire entrer chez soi. Dans une brocante ou chez un particulier, retournez le meuble. Regardez le fond, le dessous du plateau, les pieds, les traverses et les côtés de tiroirs. Des trous à l’intérieur clair, une poudre fraîche dans les tiroirs ou des arêtes qui s’effritent sous l’ongle justifient de renoncer, ou de négocier en tenant compte du coût d’un traitement. Les autres vérifications d’un achat d’occasion, de la stabilité aux odeurs, figurent dans notre guide pour chiner des meubles vintage en Suisse.

Une fois la pièce chez vous, gardez-la à l’écart des autres meubles en bois tant que vous n’êtes pas fixé. Une petite pièce suspecte peut être traitée au congélateur, avec les précautions décrites plus haut. Une grande peut rester en observation dans une pièce chauffée, loin des autres meubles anciens, avec les trous bouchés à la cire.

Un meuble neuf n’est pas toujours à l’abri. D’après les critères de l’OFEV, du CICRP et de la Ville de Zurich, une poudre très fine qui sort de petits trous ronds, sur un meuble en bois exotique ou en contreplaqué, peut trahir le lyctus. Signalez-le sans attendre au vendeur, documentez-le et faites identifier l’insecte avant tout traitement : la garantie et l’avis des défauts sont détaillés dans notre guide sur le meuble défectueux en Suisse.

Pour un meuble entreposé, la règle de la Ville de Zurich tient en une phrase : les meubles stockés doivent être gardés au sec. C’est un critère à vérifier avant de choisir un garde-meuble, avec la ventilation du local et ce que le contrat prévoit en cas de parasites.

Après le traitement

Aspirez la poudre et les débris une fois le traitement terminé, pas avant : un objet propre permet de remarquer tout de suite une nouvelle activité, explique l’AMNH, qui recommande de surveiller l’objet de près dans les semaines suivantes. Rebouchez les trous à la cire si vous voulez suivre le meuble, puis refaites un contrôle à la saison d’envol suivante. L’AMNH note aussi que certains insectes résistent à un premier traitement et qu’une seconde congélation est parfois nécessaire.

Un bois très creusé peut demander une consolidation ou le remplacement d’un élément. C’est un travail de restaurateur ou d’ébéniste, qui commence par un diagnostic de la structure. Les techniques de base pour remettre en état un meuble ancien, et les cas où il vaut mieux confier le travail, sont présentées dans notre guide pour restaurer un buffet ancien.

Reste la cause. Contre la petite vrillette, l’OFEV demande de supprimer les sources d’humidité pour éviter une nouvelle infestation. Un meuble sorti d’une cave humide n’y retourne donc pas. S’il a toujours vécu dans la même pièce, cherchez ce qui peut humidifier le bois : un mur froid, une infiltration, un local que personne ne chauffe. Le lyctus, qui préfère les bois secs, n’obéit pas à cette règle : une pièce chauffée ne met pas à l’abri de ses attaques.

Les erreurs qui coûtent cher

Traiter avec un biocide sans preuve d’activité. Des trous anciens dans un meuble qui vit depuis des années dans une pièce chauffée ne justifient pas, à eux seuls, un traitement chimique. Cherchez d’abord de nouveaux trous, après avoir bouché les anciens à la cire : une poudre qui réapparaît ne prouve pas, à elle seule, une attaque active. Si un traitement s’impose, préférez le froid ou la chaleur, que l’OFEV propose pour les petits objets, lorsque le meuble s’y prête.

Appliquer un produit sur une surface finie. La fiche zurichoise ne prévoit l’usage d’un produit que sur de petites parties dont la surface n’est pas traitée.

Ouvrir le sac à la sortie du congélateur. La condensation se dépose alors sur le bois au lieu du plastique.

Laisser un meuble suspect au milieu des autres. L’insecte se propage en volant ou avec les objets qu’on déplace.

Confondre les bûches et les meubles. Selon l’OFEV, les trous du bois de chauffage sont l’œuvre d’insectes du bois frais, qui ne s’attaquent pas au bois sec mis en œuvre. En cas de doute, faites identifier l’insecte.

Remettre le meuble là où il a été attaqué. Si le local reste humide, le risque d’une nouvelle attaque de vrillette demeure.

Sources